Société

Bénin | Cérémonies funèbres : Le culte du défunt, une pratique qui prend de l’ampleur

Louis Tossavi

En Afrique de l’Ouest et au Bénin en particulier, les cérémonies funèbres sont des occasions pour beaucoup de familles de démontrer leur capacité financière. On s’arrange de bien enterrer son parent défunt, quelles que soient les circonstances ou les motifs du décès. Certains dépensent plusieurs millions de francs cfa pour l’inhumation de leurs mères, pères, grands-parents ou autres proches. D’autres vont jusqu’à s’endetter pour organiser des obsèques.

 

Au-delà de la douleur et du sentiment de tristesse qu’on peut ressentir quand on perd un être cher, les moments de décès sont également et surtout au Bénin, des occasions festives en fonction des croyances, des volontés, des aires culturelles et de l’âge du disparu, son statut social, etc. Ces festivités exigent parfois des moyens colossaux. Des frais de la morgue à la réception, en passant par le lieu du sépulcre, l’habillement, le cercueil et bien entendu les divers (cachets pour les artistes ou groupes folkloriques sollicités pour l’animation). La confection de tissus uniformes, des t-shirts, et des gadgets pour entretenir le souvenir du défunt dans les esprits n’est pas à occulter. « Quand ma maman était décédée, je me suis retrouvé en faisant mon bilan financier à plus de 2 millions de francs cfa », révèle Sylvain Sagui qui pense qu’il faut revoir cette pratique, qui selon lui n’apporte pas grand-chose. « C’est quelque chose de normal. Quand tu célèbres ta grand-mère qui a 80, 85 tu es heureux de la voir partir », soutient pour sa part Robatus Vogbé qui a récemment conduit son grand-père à sa dernière demeure.

Aurore Kekessi est une béninoise de la diaspora. Pour les obsèques de son père en 2021, elle confie avoir dépensé plus de trois (03) millions en dehors de son billet d’avion. Sabine Dodji qui vit aux Etats-Unis depuis plus de 20 ans et travaillant dans le domaine de la coiffure, révèle avoir injecté près de 10 millions dans les funérailles de son père, une ancienne autorité locale de la ville de Cotonou, décédée à 95 ans.

La conception spiritualiste du défunt

Pour ce prêtre Fâ surnommé ‘’Petit Piment’’, toutes ces réceptions et manifestations servent juste à faire plaisir aux invités. « Ce qui est important et que nous devons savoir en tant qu’Africain, c’est de faire les cérémonies traditionnelles, c’est ça qui compte pour le mort », a-t-il fait remarquer. Le spiritualiste Henri Zangronio renchérit en ces termes : « L’être humain est composé du corps, de l’esprit et de l’âme. Lorsque l’âme part, elle va vers Dieu, l’esprit tourne. Il faut l’emmener dans un lieu saint. Toutes ces cérémonies amènent le mort à se reposer, à faire la réincarnation, à aider la famille à mieux vivre ». Celui-ci déconseille de faire des prêts pour juste impressionner lors des funérailles. « Ces prêts qu’on fait souvent, c’est difficile de les rembourser, parce qu’il n’y a pas de vibrations positives pour faciliter les payements », poursuit-il.

Un avis partagé par Arnaud C., prêtre catholique qui pense qu’il faut plutôt multiplier les prières pour faciliter le passage de l’âme du défunt dans l’Au-delà.

Cependant, faire la fête n’est pas une mauvaise chose en soi. C’est l’exagération que condamne Blaise Dogblenou. « Les messes qu’on demande pour les défunts, les différents cultes que l’on pratique à leur intention participent à générer cette lumière, qui vient en appui au capitale énergétique que la personne de son vivant a emmagasinée. Cette lumière dont le défunt a besoin pour évoluer, c’est la joie », a-t-il expliqué lors d’un entretien accordé à nos confrères de Radio Bénin. Il précise également que les prières peuvent aider le défunt à réussir son passage dans le monde invisible et lui donner la force d’agir pour le bien-être de ses proches encore vivants.

La tentative d’un parlementaire a échoué

Au Bénin, aucun texte législatif n’encadre les dépenses à effectuer lors des cérémonies funèbres. C’est ce qui a poussé en 2017, un député à l’Assemblée Nationale, à proposer une loi pour limiter les dépenses pendant les fêtes et funérailles. « Les funérailles et autres cérémonies au Bénin restent de véritables moments de folles dépenses où certains par envie de montrer qu’ils sont capables, s’endettent à des taux usuriers, vendent leurs biens pour paraître, en espérant combler leur poche avec les enveloppes financières qui leurs seront données. Mais malheureusement la majorité de ces cérémonies onéreuses laissent après un goût amer face à l’étendue des dettes », avait expliqué l’élu du peuple.

Malheureusement, cette proposition n’a pas prospéré jusqu’à ce jour. Au contraire, ce dernier a essuyé de nombreuses critiques sur la toile. Peut-être qu’il reviendra à la charge un de ces jours, puisqu’il siège encore au parlement.

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