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Irma Bafatoro, le cri de cœur d’une Centrafrique oubliée

Par Assanatou Baldé

Irma Laura Bafatoro, 38 ans, d’origine centrafricaine et basée en région parisienne, vient de fonder l’association d’Assistance humanitaire en Centrafrique (AAHC). Il s’agit de venir en aide aux plus démunis dans un pays dévasté et en proie aux tueries de groupes armés, qui sévissent encore dans la plus grande indifférence ou le silence coupable de la communauté internationale. Portrait d’une femme courage qui interpelle le monde entier, à ne pas détourner le regard face à la gravité de la situation.

« J’ai tellement mal pour la Centrafrique ! Plus rien ne va! Des nourrissons de trois mois sont abandonnés dans la rue ! » clame à Africa World Radio (AWR) Irma Laura Bafatoro d’une voix grave et posée. L’infirmière d’Etat, mère de trois enfants, basée en région parisienne, revient de sa terre natale, plongée dans une importante crise humanitaire, jonchée d’exactions régulières des groupes armés.

Face à ce gouffre dans lequel se retrouve son pays, où elle se rend chaque été afin de prêter main forte au personnel médical ou encore distribuer des vêtements et des vivres aux populations livrées à elles-mêmes, la jeune femme a décidé de réagir elle aussi en fondant l’Association d’Assistance humanitaire en Centrafrique (AAHC). L’organisation, basée dans la capitale Bangui, vise plusieurs objectifs notamment contribuer à la prise en charge des orphelins, des femmes enceintes, des personnes vulnérables du troisième âge ou encore des enfants de la rue. Elle compte aussi sensibiliser les femmes enceintes sur l’importance des examens prénataux et la prévalence au virus du sida. Un autre axe d’intervention c’est de promouvoir la vaccination des enfants dans les contrées les plus reculées du pays et la capitale Bangui, réduire l’analphabétisme chez les enfants de la rue, former les femmes et les jeunes filles sur la gestion des micros-projets, du budget familial et l’éducation des enfants, enfin lutter contre la pauvreté et le chômage au sein de la jeunesse.

« Je suis en colère de voir les nombreuses pertes en vies humaines »

Il faut dire que les difficultés s’accumulent pour la Centrafrique depuis la chute de l’ancien président François Bozizé, en mars 2013. Bien qu’il y ait eu par la suite une élection présidentielle remportée par Faustin Archange Touadéra, le pays est en proie à de multiples violences entre plusieurs factions de groupes armés. Principalement l’ex-séléka, qui prétend défendre les minorités musulmanes et le groupe d’auto-défense chrétienne anti-balaka, qui revendique vouloir protéger les populations chrétiennes et animistes. Mais le contrôle des ressources minières est le principal enjeu du conflit entre les belligérants.

Une situation qu’Irma dénonce régulièrement, accusant la communauté internationale d’avoir oublié la Centrafrique. « Aujourd’hui je suis en colère de voir les nombreuses pertes en vies humaines, des pères et des mères de familles laissant des orphelins innocents à leur triste sort, ainsi que des séquelles compromettant  leur avenir, ou encore des viols de jeunes filles innocentes qui  demeurent impunis », fustige-t-elle. Selon elle, « toutes ces victimes ont besoin de prises en charge dans des cellules psychologiques. Le pays est ramené à plusieurs années en arrière au seuil de l’échelle mondiale. Nous sommes classés comme le dernier pays le plus pauvre au monde. Et ceci, au vu et au su de tous ».

Le spectre d’un génocide

Ce qu’Irma craint par-dessus tout c’est que la Centrafrique sombre dans un génocide comme cela a été le cas au Rwanda en 1994. « Pour l’instant l’avenir est incertain dans le pays et face à la gravité de la situation notre plus grand souhait c’est d’éviter le pire tel qu’un génocide », affirme-t-elle. Et il n’y a pas qu’elle qui craint le pire… Déjà en août 2017, Stephen O’Brien, un cadre de l’ONU, avait mis en garde la communauté internationale contre les « signes avant-coureurs d’un génocide en Centrafrique », appelant à renforcer le nombre de soldats de l’ONU.

Malgré tout, Irma ne perd pas espoir même si elle sait pertinemment que la route est encore bien longue : « Dans la vie, il faut oser se battre pour de bonnes causes et pour moi, le fait de venir en aide à ceux qui sont dans le besoin reste une cause noble et louable. Et il n’ya rien de plus beau que d’aider les autres ».

Désormais son principal objectif est de s’atteler à trouver les fonds nécessaires pour alimenter son organisation afin d’apporter sa pierre à l’édifice dans la reconstruction d’une Centrafrique en lambeaux.

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